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Nouvelles > intervention au Grand Conseil

 

Pourquoi, selon Monsieur Longchamp supprimer le RMCAS ?

 

A la page 16 du projet de loi 10599, il est dit que les personnes qui sont à l'aide sociale restent moins longtemps (21 en moyenne) que les personnes qui sont au RMCAS (39 en moyenne). Cette différence est tout à fait normale puisque les personnes qui sont au CASS ne le sont pas pour les mêmes raisons que ceux qui sont au RMCAS. A l'aide sociale, la population est plus variée ; il s'agit en général de travailleurs pauvres, de jeunes en attente d'un apprentissage, de personnes en transit vers l'AI etc.

Pour les personnes au RMCAS, la problématique est la même pour tous, il s'agit de chômeurs de longue durée.

 

Ce projet se veut novateur dans le sens ou il semble proposer quelque chose de nouveau comme moyen de réinsertion, mais c'est oublier que lorsque l'on est au chômage, on a déjà, pour la très grande majorité, suivi tout ce qui est proposé comme moyen de réinsertion dans ce projet (mises à part les quatre semaines de stage en entreprise).

 

Ensuite, il fait ressortir que les personnes au RMCAS ont tendance à s'installer dans ce système. C'est méconnaître leur parcours, ce que l'on vit lorsque l'on est dans cette situation et les stigmatiser d'avantage, voire pour certains, les faire passer de profiteurs.

 

Pour illustrer nos propos, je vais vous raconter mon parcours, car il est emblématique de celui de nombreuses personnes du RMCAS.

 

J'ai, en tant que chômeuse, suivi tous les cours théoriquement nécessaires à ma réinsertion-professionnelle. J'ai scrupuleusement suivi des cours d'informatique, des cours de technique de recherche d'emploi, une remise à niveau d'anglais, des cours de comptabilité, ainsi qu'une formation accélérée sur six mois à plein temps à l'Académie de Langue et de Commerce aboutissant à un certificat d'étude du commerce devant me servir à retrouver un emploi de secrétaire-réceptionniste.

 

A cela s'ajoute le fait qu'à chaque cours votre lettre de motivation et votre CV sont remaniés par des « professionnels de l'emploi » disant que ce que l'on vous a appris précédemment dans la façon de présenter votre CV ou votre lettre de motivation n'est pas juste.

 

Nous ne nions pas que nous puissions, chômeurs, professionnels de l'emploi, personnalités politiques, faire plus en innovant et en améliorant des projets de réinsertion, mais nous pensons sérieusement que la suppression du RMCAS n'est pas la bonne solution pour résoudre le chômage de longue durée et que toutes ces mesures peuvent très bien s'inscrire dans le maintien du RMCAS et non dans le transfert de ces personnes vers l'aide sociale.

 

Ce qui nous dérange d'ailleurs dans ce projet, est qu'il n'est mentionné nulle part une concertation avec les acteurs du marché du travail, soit les employeurs publiques et privés.

 

Un aspect qui n'est pas assez développé dans ce projet est l'aspect économique, social et psychologique des personnes au RMCAS.

 

Les prestations du RMCAS ne couvrent pas nos besoins vitaux tels que mentionnés par l'Hospice Général, soit : l'alimentation, l'habillement, les soins corporels, l'aménagement et entretien du logement, consommation d'énergie, communications, transport, montant librement disponible, soit Fr. 1260.- pour une personne seule et Fr. 960.- pour ceux qui sont au CASS. Vous comprendrez aisément que ces montants ne suffisent pas à vivre décemment sous nos latitudes.

 

Il faut aussi mentionner le problème des jeunes (18-25 ans) qui sont au bénéfice d'un barème dit « barème 2 » et qui touchent Fr. 491.- car il est supposé qu'ils sont partiellement à charge des parents. Mais l'Hospice Général ne tient pas compte des parents qui sont au RMCAS et pour qui le jeune n'est plus compté dans les prestations du parent car, s'il est sans étude ou apprentissage, il est considéré comme un adulte devant subvenir seul à ses besoins !

 

Si vous rajoutez à cela que, du fait de la crise du logement, beaucoup de bénéficiaires de l'Hospice Général doivent prendre sur leur budget alimentaire pour compléter leur loyer qui dépasse le maximum octroyé pour leur logement.

 

J'imagine, Mesdames et Messieurs les Députés(es), que vous vous dites, et cela rejoint ce qui est mentionné aux pages 19-20 du projet LASI que justement, la solution est, afin de se voir garantir le minimum vital, de retrouver du travail.

 

Mais je vous le demande, est-ce que le minimum vital digne ne peut-il être garanti à Genève, quel que soit notre statut social ?

 

Lorsque vous passez du statut de travailleur émérite à celui de chômeur, puis d'usager du RMCAS, vos revenus tombent drastiquement mais vos charges de base sont toujours les mêmes. Mais il n'y a pas que les moyens financiers qui changent, c'est tout le regard que la société porte sur les chômeurs de longue durée. Il suffit d'entendre encore trop souvent se faire traiter de profiteur, de ne plus pouvoir avoir son mot à dire sur ce que l'on vit, de ne plus avoir, faute de moyens, une vie sociale qui permet de garder la tête haute. Pour de nombreuses familles, en particulier les familles monoparentales, c'est encore plus difficile, car comment expliquer à ses enfants qu'ils ne peuvent pas suivre tel cours ou avoir tel loisir comme certains de leurs camarades. Et ce n'est pas le plus dur, j'ai le cas d'une famille qui, à cause d'un loyer trop élevé, vit à cinq avec Fr. 1'200.- d'entretien de base, au autre cas, une personne seule avec Fr. 500.- par mois !

 

C'est aussi sans compter le sentiment d'échec, de toute une vie et de déchéance personnelle et sociale que peut représenter pour ceux qui ont 45 ans et plus la perte d'un emploi avec tout ce que cela implique.

 

Je mets au défi quiconque d'entre vous, après avoir connu un tel parcours, de ne pas s'angoisser terriblement, voire pour certains tomber en dépression avec pour conséquence de passer parfois pour un cas social.

 

J'ajoute également, qu'il faut penser que la recherche d'un emploi à un coût, estimé d'ailleurs par l'Office des Poursuites, à Fr. 80.- par mois, sans compter les frais de déplacement et bien sûr de présentation vestimentaire pour ceux qui ont la chance de décrocher un entretien d'embauche et que ce coût ne peut être financé avec des prestations aussi basses.

 

Il est donc primordial, à nos yeux, que l'aspect de réinsertion professionnelle doit aller, pour ces personnes, de pair avec des prestations dignes afin qu'elles puissent, autant que faire ce peut, être déchargées de tout autre souci et ainsi mieux se consacrer à leur projet de réinsertion professionnelle.

 

Nous voudrions également soulever avec vous la situation des personnes qui effectuent une contre-prestation et celles qui travaillent en emploi de solidarité.

 

Les personnes qui effectuent une contre-prestation reçoivent Fr. 50.- de plus par mois, ce qui ne couvre même pas l'abonnement TPG ! L'ALCIP trouve ce montant dérisoire et demande un montant couvrant intégralement les frais de transport et un défraiement pour les frais de repas devant être pris à l'extérieur.

Quant aux emplois de solidarité, nous avons de nombreux témoignages de personnes qui se sont dit au départ, enthousiastes de travailler enfin, mais qui ont vraiment l'impression d'être exploitées. En effet, elles s'aperçoivent très vite qu'elles font le même travail que leurs collègues engagés en fixe mais pour un salaire pratiquement diminué de moitié ou plus, salaires variant en général de Fr. 2'500.- à Fr. 3'000.- net par mois, sans aucune perspective d'être engagé un jour en fixe.

 

Nous en concluons que les collectivités publiques s'offrent des employés bon marché qui n'osent rien dire car ils ont peur de perdre le peu qu'ils ont, voire d'être sanctionnés.

 

Ces salaires, vous vous en doutez, ne permettent pas à ces personnes de subvenir correctement à leurs besoins mais dépassent souvent le minimum vital ce qui leur laisse un très fort sentiment d'injustice qu'il est aisé de comprendre.

 

En conclusion, l'ALCIP propose :

 

le maintien du RMCAS, mais comportant les améliorations suivantes :

 

renforcer les moyens des organismes de l'Etat chargés de la réinsertion professionnelles (OCE, Cité des Métiers, Tremplin Jeunes etc.) et également travailler d'avantage avec les communes en particulier, car ces dernières font du travail de proximité.

 

Des prestations financières dignes couvrant réellement les besoins énumérés officiellement par l'Hospice Général et se rapprochant de celles du SPC.

 

Engager en fixe les personnes en contre-prestation et en emploi de solidarité qui travaillent pour les collectivités publiques.

 

Développer des postes d'utilité publique : crèches, EMS, soins à domicile etc.

 

Maintenir la fonction unique des assistants sociaux qui est l'aide financière, administrative et morale, et laisser le soin de la réinsertion professionnelle à l'Etat, ville et communes.

 

Enfin et pour conclure, il nous faut admettre que nous assistons à un changement économique et social mondial qui nous échappe encore et que nous avons encore trop tendance à vouloir, car c'est ancestral, valoriser l'être humain à travers le travail, au lieu de le voir comme une valeur intrinsèque.

 

Il y a à Genève, environ 22'000 personnes sans travail (chômeurs et RMCAS). Ce chiffre va en augmentant, même si le chômage semble diminuer. Il s'explique par le fait qu'il y a de plus en plus de places de travail à forte valeur ajoutée, mais pas assez de travail pour les personnes plus manuelles ou semi-qualifiées et pas assez de places d'apprentissage. L'Hospice Général a vu cette année le nombre de personnes au RMCAS augmenter de 25 %.

 

Sur ces 22'000 personnes sans emplois, 13'000 sont au RMCAS et avec si peu de ressources financières, c'est 13'000 personnes qui se voient privées de leur pouvoir d'achat et donc dans l'impossibilité de participer à l'effort économique du canton, puisqu'elles ne peuvent pratiquement rien acheter.

 

C'est probablement (au vu des témoignages que nous recueillons) une population qui coute certainement plus cher en terme de santé également, car fragilisée dans sa situation matérielle, elle risque souvent de l'être aussi dans sa santé.

 

L'ALCIP tient donc à vous rendre attentifs aux fausses économies et aux préjugés qui courent encore trop souvent sur les sans travail.

 

Mesdames et Messieurs les députés(es), nous vous remercions de nous avoir reçus et écouté.