Tribune du 8-9 janvier 2011. C'est le week-end et comme la plupart des genevois, nous achetons le journal pour le lire avec les croissants du dimanche et pour le programme télé qui y est inséré.
Comme la plupart d'entre nous, nous lisons les articles dans les grandes lignes, certain avec plus d'attention selon les sujets qui nous intéressent et ce week-end, il y en a un qui tout particulièrement me bouleverse.
Maria-Grazia Goy-Intagliata va être expulsée de son appartement alors qu'elle a réussi à payer l'arriéré de son loyer. Un arriéré de deux mois seulement. De par mon parcours politique et associatif, combien de fois ai-je vu des cas comme celui de cette femme. Il y a près de quatre ans, le Parti du Travail avait lancé une initiative "plus d'expulsion sans relogement". Nous n'avions pas réussi à récolter le nombre nécessaire de signature pour que ce projet passe en votation et je me rappelle avoir été choquée par l'attitude de quelques citoyen-nes qui nous disaient "je ne signe pas, moi je paye mon loyer !" ou "c'est leur faute, ils n'ont qu'à payer" mais encore plus édifiant était la méconnaissance de la population sur ce qui se passe dans notre canton. Oui, aujourd'hui, à Genève, au vingt et unième siècle, on expulse, été comme hiver (contrairement à la France qui accorde une trève en hiver). On expulse femmes, hommes, enfants et vieillards sans se soucier de savoir ce qu'ils deviendront !
Qui sont ces personnes ? la très grande majorité des expulsés ne sont pas responsables de leur situation. Une non prise en charge immédiate par les services sociaux et un mois de loyer impayé peuvent vous amener à cette situation dramatique. La perte d'un emploi, un divorce ou toute autre situation financière passagère, une régie peu compréhensive, un propriétaire inhumain, et vous voilà dehors !
Comment savoir se défendre en pareille situation ? lorsque l'on en arrive là c'est que, bien souvent, on a déjà supporté les fins de mois difficiles, les factures que l'on trie par ordre de priorité parce qu'on ne peut pas toutes les payer en un mois; on finit par ne plus en dormir la nuit et certain reste tétanisé au lieu de réagir car la peur de perdre l'essentiel les décourage tellement qu'ils en perde la force de se battre. Il faut rajouter, pour d'autres, la méconnaissance de leur droit et des institutions à contacter pour leur venir en aide.
L'ALCIP a pour mission de lutter contre les injustices sociales et l'expulsion de logement en est une. Je vais même plus loin. A Genève, ville qui abrite des organisations internationales qui défendent les droits les plus élémentaires des humains, dont le droit au logement en fait partie, Genève qui se targue d'une longue tradition humaniste, notre Genève, ville riche qui élabore de somptueuses fêtes en été principalement pour attirer une clientèle qui se loge dans les plus beaux palaces de nos rivages, notre Genève, en ce début du siècle, permet que les plus faibles de sa population soient expulsés car le droit au logement, inscrit dans notre constitution n'est pas un droit opposable. Autrement dit, le propriétaire a le droit d'expulser à sa guise. Il ne s'agit ni plus ni moins d'un acte barbare, dépourvu de toute humanité et j'en appelle aux politiques, aux associations, aux citoyen-nes pour mesurer, en son âme et conscience, les conséquences humaines que peuvent causer un tel acte. Ce n'est pas digne de Genève de continuer à expulser ces citoyen-nes alors même qu'elle connaît en plus une crise du logement sans précédent !
Anne-Marie Peysson
Présidente d'ALCIP


