La population précarisée dispose de son «syndicat»
Le Courrier 22.6.2010, cliquez sur le titre pour voir l'original
SOCIAL - Une nouvelle association veut lutter contre la précarisation. Elle peaufinera son cahier de revendications durant l'été.
Les personnes précarisées à Genève disposent désormais de leur «syndicat». Fondée il y a quelques semaines, l'Association de lutte contre les injustices sociales et la précarité (ALCIP) devient opérationnelle et écrira aujourd'hui même à la commission sociale du Grand Conseil pour demander à être auditionnée. Par là, elle veut s'opposer au projet gouvernemental de liquider le Revenu minimum cantonal d'aide sociale (RMCAS) destiné aux chômeurs en fin de droit. Au lieu d'éliminer cette prestation, l'ALCIP revendique au contraire l'amélioration des aides sociales, assure Anne-Marie Peysson, sa présidente. «Lorsque j'étais secrétaire cantonale du Parti du travail durant quelques mois, j'ai vu la précarité de près, témoigne la militante. J'ai vu des expulsions de familles car elles n'arrivaient pas payer des loyers trop élevés dépassant les forfaits d'assistance octroyés par Genève.» Mais l'ALCIP ne s'occupera pas uniquement des locataires devenus SDF. Sa mission statutaire générale consiste à «lutter contre la précarisation de la population», tout particulièrement des personnes au RMCAS, à l'invalidité, à l'AVS, au chômage, mais aussi des intermittents du spectacle, des assistés ainsi que des personnes en difficulté ou surendettées, selon la longue liste du public-cible de l'association figurant sur son site internet.
Colère latente
La multiplicité des statuts précaires inquiète d'ailleurs l'ALCIP. «Il y a désormais plusieurs revenus sociaux minimums», relève sa présidente avec une certaine ironie. Et d'énumérer les catégories de pauvres: les adultes à l'assistance, les jeunes de moins de 25 ans, les bénéficiaires des prestations complémentaires, les RMCAS. «Pour diminuer les dépenses, l'Etat transfert alors les dossiers d'un service à l'autre, jusqu'à l'assistance.» A contre-courant, l'ALCIP apportera son aide également aux citoyens vivant juste au-dessus des barèmes sociaux pour les aider à ne pas chuter dessous. «Les gens à l'assistance ne sont plus des cas sociaux, mais des exclus», assène Mme Peysson.
Si ces personnes ne disposent pas de lobbies, la militante ressent «de la grogne» chez elles. L'association tentera de les aider par un soutien moral, des appuis concrets ou juridiques en cas de conflits et en réclamant l'amélioration des tabelles sociales. Mais elle compte surtout sur leur propre mobilisation. Dans ce but, l'ALCIP propose de collectiviser les expériences individuelles lors de rencontres comme des permanences de réception les lundis, mercredis et jeudis matin ou des «goûters tea-time» l'après-midi des mardis et jeudis. «C'est important de ne pas rester seul à ruminer des idées noires et, surtout, ces groupes de discussion nous permettront de peaufiner notre cahier de revendications et nos arguments», assure Anne-Marie Peysson. Ce document devrait ainsi être terminé durant l'été afin d'aborder la rentrée de septembre en «portant le débat sur la place publique concernant toute forme d'injustices sociales et de décisions politiques qui précarisent financièrement et moralement les individus». Une information continuelle aux membres et à l'extérieur, notamment par des tracts à distribuer devant les centres sociaux ou via d'autres associations, devrait aussi alimenter ce débat public. I
Note : L'Association de lutte contre les injustices sociales et la précarité (ALCIP) est atteignable par téléphone au 022 910 20 71, par mail à
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. www.alcip.ch


