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Nouvelles > 2010 06 18 Gauchebdo

Un 14 juin sous le signe de la précarité sociale

vendredi 18 juin 2010, par Jérôme Béguin

Gauchebdo, voir l'article original

Des femmes dénoncent les discriminations et brimades qu’elles subissent à l’Hospice général.

Ce 14 juin, les féministes genevoises ont placé la journée nationale de l’égalité sur le thème de la précarité. La lutte contre les inégalités salariales ne saurait faire oublier que des femmes de plus en plus nombreuses sont exclues du marché du travail. Il en est ainsi d’Anne-Marie Käppeli, 62 ans, qui a raconté sa galère aux 80 femmes et hommes solidaires réunis devant le monument dédié à la théologienne Marie Dentière au parc des Bastions. « Depuis que j’ai 50 ans, mon CV avec le dossier des diplômes me revient systématiquement avec la même chanson : “On ne peut malheureusement pas vous engager, vous coûtez trop cher au niveau des assurances sociales.“ Encore maintenant, je suis obligée de faire des recherches d’emploi chaque mois ! » Chômeuse en fin de droits, cette universitaire a dénoncé la « violence » de loi genevoise sur l’assistance publique et les « humiliations » subies dans les centres d’action sociale de l’Hospice général. Pour contribuer à un « déclic politique », cette surdiplômée a brûlé en place publique ses certificats, notamment sa matu, sa licence en sociologie et son doctorat en histoire ! « L’exploitation et la pression économiques exercées sur les femmes, les hommes et les enfants ont atteint un degré d’inhumanité pour laquelle je ne trouve plus de mots. Elles rendent malades et tuent nos fils et nos filles avant l’heure. » Anne-Marie Käppeli en a vraiment assez, c’est pourquoi elle partira à l’automne en « exil économique » en Nouvelle-Zélande pour travailler dans une ferme biologique. « Je ne mettrai plus les pieds dans aucun service social de cette ville, l’humiliation a atteint son comble. »

« On pourrait croire que les personnes à l’assistance publique sont des personnes à problème. Or, on voit aujourd’hui avec le cas d’Anne-Marie Käppeli qu’il n’y a plus assez de travail pour tout le monde », a déclaré à l’assistance Françoise Tschopp, chargée d’enseignement à la Haute école de travail social. « Aujourd’hui, il y a des personnes extrêmement bien formées qui ne trouvent pas de travail. Les services sociaux ne sont pas adaptés aux nouvelles formes de précarité. »

Une association créée

« Nous avons marre d’être méprisés et traités de profiteurs du social qui se la coulent douce ! » Anne-Marie Peysson en a aussi gros sur la patate. La sans-emploi a profité du 14 juin pour présenter l’Alcip, l’Association de lutte contre les injustices sociales et la précarité. Cette nouvelle association entend organiser les précaires tant dans un but d’entraide que pour les représenter politiquement. Mais aussi pour garder la tête haute. « Chacun doit pouvoir vivre décemment, qu’il travaille ou non. Il faut arrêter de punir les chômeurs », explique à Gauchebdo cette ancienne secrétaire cantonale du Parti du Travail. L’association aimerait être reçue par la commission des affaires sociales du Grand Conseil. « Quelle que soit la décision prise au sujet du RMCAS, nous demandons le maintien des prestations financières, voire leur augmentation. »